dimanche 3 juillet 2011

Compresser le temps

Votre serviteur à la California Superbike School — Las Vegas, Nevada — Novembre 2010

À motoplus.ca, le mois de juillet est l'un des plus occupés de la saison. Entre les essais, les séances de photo, les événements à couvrir et la planification de la prochaine saison — laquelle approche déjà à grands pas si l'on se fie aux rumeurs qui commencent à circuler sur Internet —, nous n'avons pas un instant pour nous. Je ne m'en plains pas, c'est la vie que j'ai choisie et je l'aime comme ça.


Pourtant, cette année, je devrais aménager cet horaire déjà chargé pour y loger quelques journées de roulage sur piste, un cours de deux jours à la California Superbike School où je vais tenter de compléter les niveaux 3 et 4, un voyage express dans le Bas du Fleuve pour un essai exclusif avec un lecteur désigné par le sort et quelques allers et retours entre Montréal et Toronto. Sans oublier les impondérables qui ne manqueront pas de surgir au moment le moins opportun.


Cependant, j'espère que le temps est élastique, voire compressible, car j'attends la visite d'un ami de France et de sa famille. Et j'ai bien l'intention de passer un maximum de temps avec eux. Suffisamment en tout cas pour leur faire découvrir le Québec. Et profiter de leur présence autant que je le pourrais.


Cette année, l'été sera court — il s'agit d'une lapalissade, au Québec —, mais intense. Il va donc falloir tenter d'en tirer le meilleur. Et compresser le plus d'activités possible dans chaque journée. À moins de rallonger les jours. Ce qui n'est pas gagné d'avance.


Le compte à rebours est lancé! Heureusement, je pourrais me reposer à la fin août, pendant mes vacances... Et faire de la moto, par plaisir pur. Sans horaire, ni contrainte. J'ai hâte!

lundi 13 juin 2011

Portes entrebâillées et passion motarde

Col de Rousset


On a beau s'évader au bout du monde, on revient toujours sur ses pas. Pour fermer une porte laissée entrebâillée. Pour terminer une discussion entamée il y a bien longtemps. Pour embrasser un être cher — une sœur, un frère, un ami — dont l'absence nous pèse. Pour retrouver l'arôme envoutant d'un souvenir d'enfance. Ou pour reprendre une route que l'on n'a pas suivie jusqu'au bout. La vie n'aime pas les histoires inachevées. Qu'elles se terminent bien ou mal est sans importance, pourvu qu'il y ait une issue.


C'est pour ces raisons que je vais en France le plus souvent possible . Car mon histoire d'amour avec mon pays natal est loin d'être terminée. En fait, elle continue de s'écrire au présent. Par petites touches subtiles, avec une intensité décuplée comparativement aux premiers chapitres que j'ai l'impression d'avoir transcrits en dilettante. Sans technique. Sans presse — on n'a pas le sentiment d'urgence quand on est jeune —, mais aussi sans amertume.


Aujourd'hui, je réalise que j'ai vécu au Québec plus longtemps que dans l'Hexagone. Même si je ne le ressens pas avec la même imprégnation. Depuis quelques temps, je vais en France avec des amis d'ici. Pour faire un lien entre mes deux univers, pour conserver un certain équilibre. C'est ça, avoir le cul entre deux chaises. Puisque l'on est mal assis, on bouge, on se débat, on tourne en rond.


De gauche à droite, en partant du bas: Guy Parrot (bras croisés), Patrick Laurin (2e rang), Jean-Philippe Primeau,, Olivier Choquette, Dave Beaudoin, Richard Turenne (le grand, en arrière).
Là, je reviens d'un voyage de 15 jours en France. Un périple qui m'a mené à Paris, à St-Jean-de-la-Ruelle, chez ma sœur, à Dijon, pour les Coupes Moto Légende et dans la Drôme et l'Ardèche pour une balade à moto avec six amis montréalais. À qui j'ai tenté de faire découvrir et aimer ma région d'adoption — j'adore la Drôme, même si je l'ai découverte tardivement — ses routes sublimes, ses paysages grandioses, particulièrement ceux du Vercors, son histoire, sa gastronomie tout en finesse, ses parfums magiques.


Même si la température nous a parfois joué des tours, nous avons passé un séjour magnifique — et je pense parler au nom de tous en disant cela — à rouler sur des routes extraordinaires, au guidon de motos neuves parfaitement adaptées à notre environnement. Je doute que ceux qui ont pris part à ce périple, moi y compris, pilotent au quotidien avec l'intensité et l'audace dont nous avons fait preuve en Drôme. Quand je me remémore certaines de nos escapades sportives, (Col de Rousset, Mont-Ventoux, route entre Luc-en-Diois et Aspres-sur-Buëch, Gorges de l'Ardèche), je me dis qu'on s'est vraiment fait plaisir… sans retenue, sans gêne. Tout en partageant un moment mémorable avec des gens merveilleux.


C'est peut-être pour cette raison que la majorité des gens qui m'accompagnent en France reviennent, année après année. Comme moi, ils carburent à la passion et à l'amitié, les deux seules drogues auxquelles je m'adonne. Mais aussi parce que l'endroit est magique, surtout pour les motards dans l'âme.


Clin d'œil à Pierrot et à Patrick! En espérant que vous ferez tout le chemin avec nous l'année prochaine (une porte est restée entrebâillée…). ;-)

mercredi 18 mai 2011

Les copains d'abord

Dans quelques jours, je partirai en France avec un groupe d’amis. Ensemble, nous allons assister aux Coupes Moto Légende (CML), au circuit de Dijon-Prenois, avant de prendre part à un voyage à moto d'une semaine dans la Drôme, la Provence et les Alpes. Le paradis sur terre pour les motards...

J'entreprends ce pèlerinage annuel depuis déjà quatre ans et je ne laisserais passer l’occasion pour rien au monde. Cette année, je l'ai planifié pendant des semaines — les préparatifs contribuant autant au plaisir que le voyage lui-même, je dois le reconnaître — et  je l'ai vécu par anticipation en m'assurant que tous les éléments essentiels à sa réussite étaient réunis.

En fait, ce voyage est une excuse pour retrouver mes frères et sœur, mais aussi des amis de jeunesse avec lesquels je partage une passion sans borne pour la moto. Curieusement, même si je suis resté sans nouvelles de certains d'entre eux pendant des années, nous nous sommes retrouvés comme si nous nous étions séparés la veille. Sans pour autant sombrer dans la nostalgie, ni ressasser de vieux souvenirs, comme les anciens combattants. Ce qui me surprend, c'est d'éprouver en leur compagnie une familiarité que je ne ressens pas avec des gens que je côtoie au quotidien, depuis des lustres.

Malgré le temps qui passe, nous partageons toujours cette connivence qui nous singularisait dans notre jeunesse et cette communauté d'esprit qui a fait que nous sommes devenus amis. Aussi, n'ai-je pas vraiment été surpris de constater que mes potes avaient bien vieilli — c'est-à-dire qu'ils sont restés fidèles aux valeurs fondamentales qui m'ont fait les aimer à l'époque — et qu'ils continuaient d'honorer l'amitié que je leur porte. Et réciproquement.

Le miracle, c'est que mes amis, les anciens comme les nouveaux, sont compatibles et s'entendent plutôt bien. Sur l’essentiel, en tout cas. Malgré leurs différences et leurs origines diverses, ils vivent leur passion avec la même intensité et la même authenticité. Il y a quatre ans, nous étions quatre à l’occasion de ces premières retrouvailles dijonnaises. Cette année, nous serons une quinzaine, chacun d’entre nous ayant invité un nouvel ami qui, à son tour, a fait de même. «Les amis de mes amis sont mes amis!» C’est le principe même du réseautage. Il faut dire que les CML sont un événement fantastique. Une occasion rêvée de célébrer l’histoire de la moto, de voyager dans le temps et de remettre au goût du jour des valeurs d’amitié, de partage et de solidarité.

Cette année, Patrick — mon beau-frère — et notre pote Manu, qui viennent d’acheter une moto, nous accompagneront à Dijon avec leurs conjointes... Pat a jeté son dévolu sur une Kawasaki ZZR1200 de 2003, en parfait état, tandis que Manu a renoué avec ses anciennes amours et a trouvé une Suzuki GSX-R 1100 de 1989 — la dernière moto qu’il ait possédée — dans un état de conservation étonnant. Les voir ainsi revenir à la moto — une passion qui ne les a jamais quittés, même s’ils sont restés plusieurs années sans bécane — me fait chaud au cœur et j’aime croire que j’en suis en partie responsable.

« Il n’y pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour » écrivait Jean Cocteau. Une citation que l'on pourrait facilement étendre à l'amitié. Car si celle-ci se mérite, elle s'entretient aussi. Elle se nourrit de gestes et d'intentions qui la font grandir. Comme rouler ensemble jusqu'à la tombée de la nuit, se retrouver autour d’un bon repas bien arrosé et argumenter jusqu'au petit matin, pour le plaisir de discourir plus que pour l'envie d'avoir raison.

À la veille du départ, je ressens une fébrilité certaine. J’espère que, cette année encore, toutes les conditions seront réunies pour que nous passions un moment inoubliable. Et même si je sais que le temps passé ensemble sera trop court, je suis convaincu qu’il sera à la hauteur de mes attentes. Avec de tels amis, comment pourrait-il en être autrement?

mardi 19 avril 2011

Dollars ou gratuité?




Le site Arrêt sur Images (www.arretsurimages.com) développe dans ce vidéo un sujet qui rejoint celui de mon dernier billet sur l'indépendance de la presse et sur ses moyens de survie.

Un blogueur, Hugues Serraf, vient de quitter Rue89, le réputé site d'information en ligne estimant n'y être pas payé à sa juste valeur. Il explique qu'on lui a proposé 200€ par mois pour ses piges. Autant parler de bénévolat dans ce cas-ci.  

Rue89, dont le slogan est «L'info à trois voix», fait preuve de cynisme quand il détourne son leitmotiv de son sens originel en mettant sur un pied d'égalité le travail (et la rémunération) des journalistes, des experts et des internautes. D'autant plus que sa situation financière n'a jamais été aussi enviable. Il faut savoir que Rue89 reçoit près d'un quart de million d'euros en subventions de l'État — ce qui ne l'empêche pas de s'auto-proclamer le «site d'information et de débat indépendant et participatif». Rue89 pourrait de ce fait traiter ses collaborateurs, journalistes et blogueurs, avec un peu plus de respect.

Comme vous le voyez, le débat est loin d'être clos...

mardi 5 avril 2011

L'indépendance a un prix que nous ne sommes pas prêts à payer!

Journaliste pris en flagrant délit de partialité. Comment sinon expliquer qu'une 250 cc, à moteur monocylindre, soit si amusante à piloter sur circuit?

Sur un forum sur lequel je surfe occasionnellement, des internautes ont relancé le sempiternel débat sur l'indépendance des journalistes moto. Sous prétexte que nous sommes invités par les constructeurs à des lancements de presse à l'étranger, nous serions partiaux et asservis aux intérêts de l'industrie. Une rengaine mille fois ressassée qui a des relents de jalousie et annonce une vindicte imminente. Le plus comique c’est que notre indépendance intellectuelle et notre intégrité sont mises en doute par des individus qui avouent candidement vouloir être à notre place — pour quelle raison, je me le demande? —, et ne pratiquent pas eux-mêmes la vertu au quotidien. En quoi ces personnes sont-elles habilitées à donner des leçons de morale à qui que ce soit?

Néanmoins, le débat, même s'il n'est ni nouveau, ni original, mérite d'être tenu. 

La grande majorité des journalistes, moi le premier, préfèrerait organiser ces lancements hivernaux plutôt que d'y être invité. Ainsi, nous pourrions fixer le lieu et la date de ces événements à notre convenance, mais surtout planifier leur déroulement selon nos préférences, notre sensibilité, notre horaire et notre budget. Nous pourrions aussi donner libre cours à notre imagination et faire preuve d'une plus grande originalité.

Pourtant, si l'idée est séduisante en soi, elle est utopique, car complètement irréalisable, même pour les médias les plus fortunés. Aucune revue de moto, pas plus en Europe qu'aux États-Unis et à plus forte raison au Québec — tiers-monde de la moto —, n'a les ressources financières pour tenir à ses frais une vingtaine de lancements hivernaux par année. Il y a des limites au devoir d'information.

C'est pour cette raison vénale, je vous l'accorde, mais implacable, que depuis la fin des années soixante-dix, TOUS les constructeurs organisent des lancements de presse durant la saison morte. Car celui qui parviendra à informer ses clients potentiels avant le début de la saison, mais surtout avant qu'ils aient dépensé leur magot chez leur concurrent, raflera la mise. Aucun d'eux n'a envie, ni n'a intérêt à se lancer dans une guerre d'influence ou de favoritisme dont les journalistes seraient l'enjeu. Ce serait d'autant plus inutile que seules les compagnies les plus riches sortiraient gagnantes de l'exercice. De plus, les constructeurs n'ont nullement besoin que les journalistes les flattent pour savoir qui convier à leurs prises de contact. Ce n'est pas ainsi que le système fonctionne. Les responsables du service presse des constructeurs sélectionnent les journalistes qu'ils invitent en fonction de l'importance, de la qualité et de la légitimité de leur lectorat ou de l'adéquation de celui-ci avec le produit présenté. Jamais en raison de leur sympathie pour la marque ou le produit.

Personnellement, en plus de 25 ans de carrière, je n'ai jamais subi de pression de la part d'un constructeur pour parler en bien de ses produits. Ni lors d'un lancement, ni lors d'un essai. En revanche, j'ai eu droit à quelques discussions enflammées à la suite de la publication d'un article perçu comme partial (c'est le mot utilisé par les constructeurs dont les produits ne sont pas à la hauteur des attentes qu'ils ont créées, et le même qui est repris par les propriétaires mal avisés d'une moto que nous avous l'outrecuidance de critiquer. Vous noterez l'ironie de la situation au passage). Mais aucun constructeur ne m'a fait miroiter la possibilité d'être invité à un lancement en échange d'une couverture favorable. J'aurais de toute façon refusé, comme la plupart de mes confrères dignes de ce nom, car nous respectons un code d'éthique strict auquel nous avons adhéré volontairement. Le seul capital d'un journaliste, en dehors de son talent, si talent il y a, c'est sa crédibilité. Laquelle n'est pas à vendre.

En fait, le véritable problème n'est pas tant la participation des journalistes aux lancements que le financement de la presse, en général et de la presse écrite, en particulier. En 2011, très peu de médias, pour ne pas dire aucun, ne peuvent prétendre vivre uniquement des revenus de leurs abonnements ou de leurs ventes en kiosques. Dans ce contexte les revues de motos spécialisées ne peuvent pas se payer le luxe de snober la publicité. Il faut savoir qu'au Québec, le lectorat moyen des magazines de moto est en général inférieur à 5 000 lecteurs (25 000 au Canada).

Au début des années 80, on estimait que la part des revenus d'un magazine provenant de la publicité ne devait pas dépasser 40 % de ses revenus globaux, au risque de nuire à la qualité éditoriale. Aujourd'hui, en raison de l'érosion du lectorat, ce pourcentage est largement supérieur et peut représenter près de 80 % des revenus totaux de certains titres. La situation s'est donc dégradée à tout point de vue. Dans le cas de la presse gratuite, le contenu est complètement dépendant de la publicité. Et pourtant, les lecteurs ne semblent en faire aucun cas. Ils accordent malgré tout leur confiance aux journaux gratuits, alors que ceux-ci sont plus à même de subir des pressions éditoriales de la part de leurs annonceurs que quiconque. Un paradoxe difficile à saisir. Un de plus, me direz-vous!

Pour un webzine comme motoplus.ca, qui ne reçoit aucun subside de ses lecteurs — en passant, notre lectorat est supérieur au lectorat combiné de toutes les revues moto imprimées au Québec —, la publicité est vitale. Cependant, elle suffit à peine à couvrir nos frais. Chaque essai que nous réalisons coûte entre 1 000 et 3 000 $ (essence, frais de reportage et salaires inclus). Et je ne parle pas des essais sur circuit qui sont hors de prix en raison des frais de location de la piste et des autres dépenses encourues, pneus, carburant, équipements, ambulance, etc.… Multipliez ce montant par le nombre de motos testées et vous verrez que ça commence à chiffrer. Même chose pour les reportages à l'extérieur que nous défrayons intégralement. Vous comprendrez aisément, au risque de vous déplaire, qu'il est hors de question pour nous d'organiser nos propres lancements de presse, surtout quand on sait que chacun d'entre eux peut coûter de 5 000 à 10 000 $ en fonction de la destination choisie, de la moto impliquée et de la logistique mise en œuvre. Nous n'avons d'autre choix que d'accepter les invitations qui nous sont faites, comme nos concurrents d'ailleurs, ce qui ne nous empêche pas de rester intègres. À moins de décider de rester à la maison, afin de sauvegarder notre indépendance et de laisser à d'autres moins scrupuleux le soin de vous informer... J'ironise, bien sûr!

En revanche, si vous voulez faire un don à motoplus.ca, à hauteur de 500 $ par année, afin que nous soyons totalement indépendants des constructeurs et des publicitaires, j'accepte l'offre avec joie et je vous promets en retour le plus beau webzine au monde. Avec un beau calendrier format géant et un agenda photo en prime! Et des cadeaux à Noël! Et là, je suis sérieux!

En dépit de l'aspect glamour de notre métier, nous exerçons une profession dans laquelle la précarité règne. Au cours des dernières années, nous avons assisté à une paupérisation du métier de journaliste. Aujourd'hui, le nombre d'entre nous occupant un poste permanent, au sein d'un journal ou d'un grand groupe de presse, a rétréci comme une peau de chagrin. En fait, nous sommes peu nombreux à vivre décemment de notre plume — ou de nos images, dans le cas des photographes — quand nous pouvons en vivre tout court. Et ceux qui ont un poste permanent ne sont pas à l'abri des éditeurs peu scrupuleux à l'appétit vorace. L'exemple du lock-out du Journal de Montréal est éloquent à ce sujet. Ce qui me choque dans ce dossier c'est que si les lecteurs avaient cessé d'acheter un journal réalisé par des briseurs de grève et des agences fantoches, les salariés du quotidien montréalais, autrefois fierté du Québec, auraient obtenu gain de cause. Et nous y aurions gagné un meilleur journal.

À l'heure d'Internet, la gratuité est devenue la priorité et elle supplante dans les faits la qualité de l'information au palmarès des préoccupations des lecteurs, même s'ils prétendent le contraire. Les revues et les journaux qui ont tenté l'expérience du payant sur la Toile se sont plantés lamentablement. Car nous sommes trop nombreux à favoriser une information approximative, réalisée à l'étranger par des gens sous-qualifiés dont nous ne pouvons attester l'éthique de travail, à une information locale, mais payante. Trop nombreux aussi à piller Internet — téléchargement illégal de films, de musique, de photos —, sans montrer le moindre respect pour la propriété intellectuelle ou les droits d'auteur. En la matière, il est plus facile d'accuser les grands studios ou les maisons de disques de nous voler et les artistes de profiter du système, comme le font sans vergogne notre premier ministre fédéral et une certaine classe politique. Plus facile aussi de réclamer des journalistes qu'ils agissent en preux chevaliers, qu'ils assurent à leurs frais l'indépendance journalistique qui nous semble essentielle, mais pour laquelle nous ne voulons pas payer. Qui sommes-nous pour réclamer des autres une vertu que nous ne pratiquons pas nous-mêmes?

Au risque de paraître baveux, je dirais que l'indépendance a un prix que nous ne sommes pas en mesure de payer et que nous n'avons aucun droit d'exiger des autres dans les conditions actuelles. Il faut être conséquent et assumer nos choix!